Ce portrait qui a été peint en 1827 par un artiste du nom d’Hubert.

Grégoire le Grand

Sur une estrade de pierre assis dans un fauteuil dont on aperçoit vaguement les accoudoirs, un prélat nous présente un livre. Il s’agit d’un pape comme le-laisse deviner quatre indices dans sa tenue :

  1. La tiare à trois niveaux surmontés d’une croix Il s’agit d’une coiffe réservée aux papes. L’usage n’est pas liturgique. Elle n’est pas portée depuis Paul VI. Il s’agit d’une coiffure avec trois couronnes qui signifiaient la nature du « pouvoir » du pape, « politique, spirituel et moral. Benoît XVI au moment de son élection avait fait disparaître la tiare de ses armes au profit d’une simple mitre, ceci pour signifier son appartenance au collège des évêques. En 2010 elle fut discrètement remise en place dans les armes.
  2. Le pallium (C’est un mot latin qui désigne à l’origine un manteau ample. Dans l’Antiquité romaine, le pallium était réservé aux consuls. Puis il s’est beaucoup simplifié pour se réduire à une bande de laine blanche placée comme un collier sur les épaules. Deux pendants tombent à l’avant et à l’arrière de celui qui le porte. La partie autour du cou porte quatre croix noires, et deux autres croix noires se trouvent sur les deux pendants. Trois épingles d’or fixent le pallium à la chasuble. Il ne s’agit pas d’un signe réservé au pape, en effet le pallium est également porté par les primats et les archevêques. Il est cependant le signe de leur communion avec le pape qui le leur remet.
  3. Les mules rouges. Jusqu’à Benoît XV (1914-1922), une broderie en forme de croix permettait le « baisement des pieds ». Cette pratique des cours impériales des premiers siècles fut adoptée par les papes. Lors de l’ouverture du concile Vatican II, le pape Jean XXIII a reçu ce baiser. A l’ouverture de la 3e session du Concile, (sous Paul VI) le geste avait disparu du cérémonial. Cette pratique un peu désuète a été abandonnée depuis au profit du simple baisement de l’anneau du pêcheur. En mémoire de ces mules, le pape porte toujours des chaussures… rouges. Le pape Jean Paul II avait choisi d’utiliser des chaussures plus foncées « brun-rouge », le pape Benoît XVI a rétabli l’usage du rouge « vif ».
  4. Le camauro. Que l’on peut voir sous la tiare : Il s’agit d’un bonnet rouge bordé d’hermine. Il n’était plus porté depuis Clément XIV au XVIIIe siècle, sinon sur le lit de mort des souverains pontifes. Cependant Jean XXIII porta le « camauro » épisodiquement, mais Benoît XVI réintroduisit son usage.

 

Vous noterez qu’il est habillé de vêtements liturgiques : une aube blanche bordée en partie base d’une dentelle, recouverte d’une chasuble dorée rebrodé de perles blanches qui dessinent une croix et nous pouvons aussi voir les pans d’une étole dorée qui dépassent de la chasuble de part et d’autre de son corps.

Son visage laisse déjà voir des rides profondes sur son front et les sillons nasogéniens qui entourent ses lèvres. Ses sourcils encore noirs sont légèrement froncés.

Sa main droite grande ouverte est levée à hauteur de sa poitrine, le bras au coude légèrement plié s’écarte de son corps. En revanche sa main gauche à hauteur de son cœur est invisible. Recouverte de sa chasuble il porte un livre sur la couverture duquel se devine l’effigie d’un homme en croix : Jésus.

L’homme au centre de la toile semble agité, sans doute même est-il prêt à se mettre debout. Dans un rayon de lumière dessinant une oblique partant du haut à gauche de la toile, éclaire le visage de l’homme. Dans ce rayon un oiseau blanc symbolisant l’Esprit Saint souffle quelque chose à l’oreille du prélat. Cette Parole divine ne le laisse pas indifférent. Le peintre a voulu nous faire comprendre que c’est ce souffle de l’Esprit symbolisé par ces deux lignes obliques qui partent du bec de l’oiseau vers l’oreille de l’homme qui ébranle ce pape et lui donne vie.

Il s’agit d’une représentation du pape Grégoire Le Grand. Rien ne l’indique si ce n’est le titre que l’artiste a donné à son œuvre.

Grégoire Ier dit Grégoire le Grand est le 64e pape de l’Église catholique. Né vers 540, il est élu pape en 590 et décède le 12 mars 604.

Dans une Église d’Occident désormais « passée aux barbares », alors que l’Italie est ravagée par toutes sortes de calamités, Grégoire Ier apparaît à la fois comme le pape qui eut à défendre et à reconstituer les structures ecclésiastiques et comme l’auteur avec lequel est né le Moyen Âge. En effet quoique venant à la fin de la grande période patristique, il sera l’écrivain le plus souvent cité par les théologiens et spirituels médiévaux.

Selon une liste qui remonte au VIIIe siècle, il est considéré, avec Ambroise, Jérôme et Augustin, comme un des quatre « docteurs » de l’Église latine. Et il est, avec saint Léon, le seul pape auquel la postérité ait donné le surnom de « grand », sans doute à cause de l’autorité de son pontificat dans le domaine des rapports entre l’Église et la cité temporelle.

Mais c’est surtout comme pasteur et maître de vie spirituelle que ce contemplatif, devenu pape, a marqué le Moyen Âge latin et tout le christianisme occidental.

 

Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres

Comme tous les papes, Grégoire est un successeur des apôtres, il a un rôle d’enseignement comme tous les évêques, mais en tant que qu’évêque de Rome sa parole est attendue et présente un certain poids, une certaine autorité.

Lecteur passionné de la Bible et auteur d’homélies sur l’Évangile, Grégoire estimait que « le chrétien doit tirer de l’Écriture plus une nourriture quotidienne pour son âme que des connaissances théoriques… Je vous propose d’écouter un extrait d’une de ses Homélies, donc d’un de ses enseignements qui porte sur l’ouvrier de la 11ème heure (Mt 20, 1-16)

« Nous pouvons dans les différentes heures [du jour] distinguer les âges successifs d’une vie humaine. Dans le matin, nous verrons l’enfance. On peut voir dans la troisième heure l’adolescence : le soleil prend de la hauteur, l’âge gagne en chaleur. La sixième heure, c’est la jeunesse : le soleil est à son apogée, la pleine vigueur s’affirme. Dans la neuvième heure on peut voir la vieillesse : de son apogée le soleil descend, l’âge sent décroître la chaleur de la jeunesse. La onzième heure, c’est l’âge où l’on se casse et où l’on est un vieillard.

Aussi les Grecs appellent-ils les vieillards, non pas gérontes (homme âgés), mais presbytres (les plus anciens) pour faire comprendre que ceux qu’ils nomment les plus avancés dans la vie sont plus que des gens âgés.

Comme un tel est amené dans son enfance à bien vivre, tel autre dans son adolescence, un autre dans sa jeunesse, un autre dans la vieillesse, un autre dans l’extrême vieillesse, des ouvriers sont appelés à la vigne aux différentes heures.

Observez votre façon de vivre, frères, et voyez si vous êtes déjà ouvriers de Dieu. Que chacun examine ce qu’il fait, et se demande s’il travaille bien dans la vigne du Seigneur. Car celui qui en cette vie cherche ses intérêts n’est pas encore venu dans la vigne du Seigneur. Ceux-là travaillent pour le Seigneur qui ne pensent pas à ce qu’ils gagnent, eux, mais à ce que gagne le Seigneur. » […]

Avoir négligé de vivre pour Dieu jusqu’à l’âge ultime c’est être resté sans rien faire jusqu’à la onzième heure.  […] On a raison de dire ouvertement : si vous n’avez pas voulu vivre pour Dieu dans l’enfance et la jeunesse, reprenez-vous du moins au dernier âge et même tard, en ce temps où vous n’allez plus travailler beaucoup, venez aux chemins de la vie…

— Grégoire le Grand. Homélies sur les Évangiles 19, 2. – trad. R. Étaix, C. Morel et B. Judic, Cerf, coll. Sources chrétiennes 485, 2005, p. 427-429.

Grégoire le Grand mais c’est le cas aussi pour un grand nombre d’autres Papes qui sont arrivés à cette charge pastorale plutôt à l’aube de la vieillesse, (Grégoire Le Grand avait 50 ans quand il a été désigné Pape par la vox populi) est la preuve que la fréquentation de la Parole de Dieu demande bien souvent du temps pour acquérir une certaine profondeur d’enseignement.

Ainsi sans perdre de vue cette question que pose Ben Sirac le Sage au chapitre 25, verset 3 de son livre : Ce que tu n’as pas amassé dans ta jeunesse, comment le trouverais-tu dans ta vieillesse ? nous pouvons nous réjouir avec lui de ce que peut apporter avec l’âge la fréquentation de cette Parole de Dieu en écoutant les versets 4, 5 et 6 qui suivent cette question :

Qu’il est beau, à l’âge des cheveux blancs, d’avoir du jugement et, dans la vieillesse, de savoir conseiller !

Qu’elle est belle, la sagesse des anciens, de même que la réflexion et le conseil, chez les gens vénérables !

La couronne des vieillards, c’est leur grande expérience ; leur fierté, c’est la crainte du Seigneur.

Cette crainte de Dieu, cette attitude de révérence à son égard, ce respect, cette piété est un facteur qui nous motive à nous donner entièrement au Créateur de l’Univers, à l’image de Marie, la première en chemin et la mère de l’Église.

 

© CDAS Joëlle Delfino, Commission Diocésaine d’Art Sacré, avril 2023